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Edito du recteur n°9

le 18 juillet 2015

LAUDATO SI, LECTURE ESTIVALE 

Plaidoyer pour sauvegarder la terre, notre maison commune, la toute récente encyclique du Pape François, Laudato si, est également un solide et exigeant programme académique. Dernière illustration en date, le discours papal à l’université pontificale catholique d’Equateur le 7 juillet dernier[1], qui prend pour trame cette première encyclique intégralement dédiée à la question sociale environnementale : « A vous, université catholique, je demande : 'Où est ton frère ?' ».

Tout est lié
Laudato si procède en effet d’une conviction vraiment commune à l’intuition première de la tâche universitaire  : « tout est lié[2] » ! De même que cette tâche dévolue à l'université suppose et contribue à révéler l’organicité des savoirs, de même « sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure. [3]»
Nous ne pouvons dès lors nous contenter d’une sorte de « division du travail » qui prend uniquement la défense : à « gauche », des travailleurs, des pauvres, des pays en développement et de l’environnement ; et à « droite » des embryons, des personnes handicapées, des mourants et de la famille[4]. Cette division du travail est nocive et l’encyclique Caritas in veritate en donnait déjà la raison profonde : « Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l’environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. On ne peut exiger les uns et piétiner les autres »[5].
 
Ecologie intégrale
C’est encore en ce sens que le pape François suggère une écologie intégrale visant non seulement la dimension environnementale mais aussi humaine, sociale, économique, culturelle de l’existence. Précisément parce que l’écologie est la science (logos) de la maison familiale (oikos). Comme le note avec justesse H. Hude, cette double signification de l’oikos qu’emprunte l’écologie intégrale stipule qu’on ne peut étudier la maison sans la famille et la famille sans la maison[6].
 
Fraternité universelle
Plus encore, notre maison commune est non seulement celle de la famille humaine mais aussi celle de la famille universelle qui inclut toutes les autres espèces animales, végétales, minérales. C’est l’histoire même du cosmos qui nous enseigne que nous partageons une même parenté, et donc une même fraternité universelle chantée par St François d’Assise : « Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère soleil,… loué, sois-tu, mon Seigneur, pour sœur lune et les étoiles, pour frère vent, pour sœur eau et frère feu… »[7]. Frères et sœurs d’un même Père qui se laisse refléter dans chacun de ces êtres : « Quand nous prenons conscience du reflet de Dieu qui se trouve dans tout ce qui existe, le cœur expérimente le désir d’adorer le Seigneur pour toutes ses créatures »[8].
 
« Si les hommes se taisent, les pierres crieront »[9]
C’est dire encore que la nature exprime une analogie. Lorsque l’homme la contemple, tout se passe comme si celle-ci renvoie à quelque chose de plus haut qu’elle-même. Même aussi malmenée qu’elle puisse l’être aujourd’hui, la nature garde cette portée analogique ; elle suggère des orientations vers le bien et d’une certaine manière rappelle l’homme à sa dignité, donc à ses devoirs.
Loin de tout naturalisme comme de tout scientisme moral, considérer à nouveaux frais la nature comme une instance éthique nous situe au cœur du questionnement éthique contemporain, comme au cœur de l’innovation parfois frénétique qui agite nos sociétés : « Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation au monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. » [10]
 
Former des esprits libres et universels…
L’ampleur actuelle des défis environnementaux nous convoque alors à une cohérence de vie appelée à témoigner de la maturité éducative de la communauté universitaire : « … Les jeunes nous réclament un changement. Ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus. »[11]
 
Concluons en laissant la parole au pape François[12] : « Je me pose des questions avec vous, éducateurs : veillez-vous sur vos étudiants, en les aidant à développer un esprit critique, un esprit libre, capable de protéger le monde d'aujourd'hui ? Un esprit capable de chercher de nouvelles réponses aux défis multiples que la société pose à l’humanité ? […] Comment la vie qui nous entoure entre-t-elle dans le programme universitaire ou dans les divers domaines du travail éducatif, avec ses questions, ses interrogations, ses questionnements ? […] comment aidons-nous nos jeunes à ne pas considérer un diplôme universitaire comme synonyme d’un statut supérieur, comme synonyme de plus d'argent et de prestige social ?  Ils ne sont pas synonymes. Comment aidons-nous à considérer cette préparation comme signe de plus grande responsabilité face aux problèmes de nos jours, face à la protection du plus pauvre, face à la sauvegarde de l’environnement ?
[…] Et vous, chers jeunes […] vous êtes ceux qui doivent faire du bruit ! -, vous êtes une semence de transformation de cette société, je voudrais me demander : savez-vous que ce temps d'étude, n'est pas seulement un droit mais aussi un privilège que vous avez ? Combien d'amis, de personnes connues ou inconnues voudraient avoir un espace en ce lieu et qui pour diverses circonstances ne l'ont pas eu ? Dans quelle mesure nos études nous aident-elles et nous conduisent-elles à nous solidariser avec eux ?
Posez-vous ces questions, chers jeunes ! »
Oui, laissons-nous interpeller mais avec cette conviction que « … Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et la louange. »[13]
En vous souhaitant un bon été et une très bonne lecture : Laudato si !

Dominique Vermersch
Recteur de l'Université catholique de l'Ouest
Juillet 2015


Editoriaux du recteur de l'UCO :
Edito n°1 : La vérité, mot tabou ?
Edito n°2 - septembre 2013 : UCO Campus Lab
Edito n°3 - Noël 2013 : La sobriété, une clef pour l'avenir
Edito n°4 - Pâques 2014 : Ethique de conviction vs éthique de responsabilité
Edito n°5 - été 2014 : Pause estivale...
Edito n°6 - septembre 2014 : Le redéploiement facultaire de l'UCO
Edito n°7 - novembre 2014 : L'Université, lieu du dialogue
Edito n°8 - mars 2015 : L'entreprise universitaire ?


[1] http://www.zenit.org/fr/articles/le-droit-a-l-exclusion-n-existe-pas-le-pape-secoue-l-universite?utm_campaign=francaishtml&utm_medium=email&utm_source=dispatch
[2] LS n° 16, 138
[3] LS n° 10
[4] X. Dijon. Le livre de la nature dans l’encyclique Caritas in veritate. Nouvelle Revue Théologique 131 (2009) 749-770
[5] CV n° 51
[6] http://www.henrihude.fr/theme4/398-une-lecture-de-lencyclique-laudato-si-1
[7] LS n° 87
[8] ibid
[9] Lc 19, 39-40
[10] LS n° 11
[11] LS n° 13
[12] Discours à l’Université pontificale catholique d’Equateur, 7 juillet 2015.
[13] LS n° 12


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