Accès direct au contenu

Journée mission numérique UCO
Colloque ATEM 2017
Slider colloque IAIE 2017
Arrow Prev Arrow Next
L'université > Actualités > Edito du Recteur, Pâques 2014  Retour à l'accueil

Edito du Recteur, Pâques 2014

le 15 avril 2014

Ethique de conviction vs éthique de responsabilité ?

Sans qu’il soit nécessaire d’être un spécialiste de la question, nous devinons assez aisément ce que peut recouvrir cette distinction, ou plutôt cette opposition. Elle pourrait, par hypothèse, constituer l’arrière-plan de positions s’exprimant parfois dans tel ou tel lieu, y compris au sein de notre Université. Dépassant ce seul cadre, il me semble opportun d’apporter à cette question une réponse argumentée.
Ethique de conviction versus éthique de responsabilité ? Il s’agit en fait d’une vieille dialectique déjà présente – tragiquement d’ailleurs – dans l’Antigone de Sophocle. Elle fut remise en vigueur dans nos temps modernes par Max Weber au sortir de la première guerre mondiale. Le sociologue allemand s’inquiétait en effet des mouvements pacifistes peu soucieux de l’instrumentalisation politique de leurs convictions, celles-ci omettant un peu rapidement que c’est le pouvoir politique qui a le monopole, en dernière instance, de la violence légitime.
En se référant aux convictions et valeurs propres à l’individu, l’éthique de conviction ne se préoccuperait donc que du principe moral présidant à l'action, sans se soucier des conséquences de celle-ci. A l’inverse, l'éthique de responsabilité se réfère avant tout aux résultats et conséquences des actes que nous posons. Alors que la première conviendrait plutôt à celui qui vise une cohérence sans tâche dans son comportement personnel, la seconde devrait être adoptée impérativement par tout responsable institutionnel et politique qui doit considérer surtout - voire avant tout - les conséquences concrètes de ses actes pour la communauté dont il est responsable… plutôt que les principes moraux censés présider à ses décisions et actions.
Ethique de conviction versus éthique de responsabilité ? En séparant abstraitement les trois sources de la moralité d’un acte que sont l’objet, la fin (l’intention) et les circonstances (dont les conséquences), cette distinction apparaît très séduisante. Elle facilite en effet grandement l’examen de conscience et s’avère redoutablement opérationnelle pour résoudre la plupart des dilemmes éthiques. Alors que l’éthique de conviction semble cramponnée sur le clivage bien/mal, l’éthique de responsabilité distinguera plutôt ce qui est « convenable » ou « acceptable » de ce qui ne l’est pas ; avec le risque corrélatif de relativiser le bien et le mal. En anticipant au mieux l’acceptabilité sociale de ses prises de position et des actions qu’il engage, le responsable reconnaît implicitement au groupe ou à la communauté qu’il représente, une autorité normative résultant d’une pratique hautement démocratique de la négociation, des compromis voire de la compromission pour reprendre les termes de Ricœur .
C’est une des raisons pour laquelle le philosophe juge à première vue irrecevable cette opposition entre éthique de conviction et éthique de responsabilité : « Comment la responsabilité pourrait-elle relever de l’éthique, si elle n’exprime pas une conviction ? Et qu’est-ce qu’une conviction qui ne rend pas responsable […] ? »  Il convient donc de ne pas opposer radicalement mais de « mettre en tension » cette polarité conviction / responsabilité qui touche, toujours selon Ricœur, à quelque chose d’essentiel. Car c’est précisément dans cette mise en tension constitutive que l’agir politique du responsable prend forme et consistance, à mesure que ses convictions et responsabilités s’y éprouvent mutuellement, salutairement et légitimement.
L’expérience récente montre qu’un tel job n’est pas de tout repos et peut être aussi contesté. En suscitant le dialogue, en garantissant des espaces de débat et en proscrivant les anathèmes de quelque bord que ce soit, notre Université prête sa chair à ce travail d’élucidation et atteste de son caractère propre. C’est ce à quoi je souhaite m’employer toujours davantage dans la lumière et la joie pascales.
Joyeuses fêtes de Pâques !
Dominique Vermersch
Recteur de l'Université Catholique de l'Ouest
15 avril 2014

(1) Ricœur, 1991, Postface au Temps de la responsabilité (Fr Lenoir dir., Fayard). Repris in Lectures 1, Autour du politique, Seuil, p. 286
(2) Ibid.

RETROUVEZ :
Edito n°1 : La vérité, mot tabou ?
Edito n°2 : UCO Campus Lab
Edito n°3 : La sobriété, une clef pour l'avenir
 

Direction de la communication
benedicte.villeroy@uco.fr Édito

archives